Guy Tirolien, l’auteur de la “Prière du petit enfant nègre”

Guy Tirolien, quoiqu’il soit né à Pointe-à-Pitre (13 Février 1917), c’est à Marie-Galante “que plongent les racines de [ses] plantes anciennes” (ses parents sont tous deux d’origine Marie-Galantaise). Cette “île plate et qui n’a pas bougé”, restera toute sa vie, sa référence affective. Au soir de cette vie, il s’y retira “seul, sur la suprême cime de l’ultime corail”, afin de “discerner sous les rumeurs contraires, le sur cheminement de [notre] destin”. Mais en dehors du fait qu’il fut l’auteur de la célèbre “Prière d’un petit enfant nègre”, que sait-on réellement de Guy Tirolien et de son verbe, “balle d’or au cœur neuf des foules” ? 

Son enfance, ses études

  Son père, Furcie (instituteur/directeur d’établissement scolaire), fut pendant environ 40 ans le maire de Grand-Bourg. Sa mère, Léontine, était femme au foyer. Guy Tirolien passa donc les premières années de sa vie en leur compagnie, sur la propriété familiale de “Sophie” – à la campagne – appartenant à ses grands parents (cultivateurs). Puis il poursuivit sa scolarité à Pointe-à-Pitre, au Lycée Carnot, avec ses camarades Guy Ffrench et Albert Béville (alias Paul Niger). Enfin, il se rendit à Paris (1936) pour intégrer le prestigieux Lycée Louis-Le-Grand, où il prépara le concours d’entrée à l’École Nationale de la France d’Outre-Mer. C’est à cette période qu’il fit la rencontre de Léon Gontran Damas – qui comme lui, était un grand amateur de jazz et de bals nègres – et plus tard, de Léopold Sédar Senghor (ils furent ensemble prisonniers des allemands de 1940 à 1942) ainsi que d’Alioune Diop avec lesquels il participa activement à la fondation de Présence Africaine.

Guy Tirolien et l’Afrique

  À l’âge de 27 ans, Guy Tirolien quitta l’Europe pour se rendre en Afrique : tout d’abord en Guinée (1944-1947) où il devint, avec Sékou Touré et Madéira Keita, l’un des membres fondateurs d’une section importante du RDA (Rassemblement Démocratique Africain), le Rassemblement Démocratique Guinéen. Ces activités subversives lui vaudront d’être affecté, à titre punitif, au Niger (1948-1951) puis au Mali (1951-1954), principaux pays d’exil des fonctionnaires coloniaux. Puis, après son mariage avec Thérèse Francfort (1955) et la naissance de sa fille Thérèse, ce fut un assez long séjour en Côte-d’Ivoire (1955-1960) où naquit son fils Alain et au Niger (1961-1965) où fut conçu son fils Guy et où il occupa à la demande du Président Hamani Diori, le poste de commissaire général à l’information. Enfin, Guy Tirolien se rendit au Mali (1965-1970) et au Gabon (1970-1973) en tant que Représentant Résident ou Ambassadeur des Nations-Unies auprès des gouvernements de ces deux pays. La suite de sa vie fut entrecoupée de séjours en France et en Afrique (1975-1976), où il fut attaché culturel auprès d’Alioune Diop lors du Festival des Arts Nègres au Nigéria. 

Le retour à Marie-Galante

  En 1977 vint l’heure du retour au pays natal et de la retraite à Latreille, sur le morne Bambara qui surplombe Grand-Bourg. Père fondateur du GRA (Groupe de Réflexion et d’Action), un mouvement qui milite pour la décolonisation de la Guadeloupe, Guy Tirolien prôna dès 1978 les principes de l’autodétermination du peuple Guadeloupéen. 10 ans plus tard, usé par une longue maladie (le diabète), il s’éteindra dans des “pleurs d’étoiles”.

L’oeuvre littéraire de Guy Tirolien

  Les livres Balles d’or (1961) et Feuilles vivantes au matin (1977) sont les deux pyramides bâties par le poète pour traverser le temps et rejoindre le panthéon des illustres immortels que sont “les propagateurs d’âmes, les multiplicateurs d’âmes et à la limite, les inventeurs d’âmes” dont parlait Césaire. C’est Damas qui publia en premier des poèmes de Guy Tirolien dans son Anthologie des Poètes d’expression française (1947), dont la Prière d’un petit enfant nègre qui fut reprise l’année suivante par Senghor dans son Anthologie des Poètes Nègres et Malgaches (1948). L’art poétique qui s’exprime à travers ces poèmes se résume en une seule phrase : “peu de matière, beaucoup d’art”. L’éthique – la parole engagée – ne s’y sépare jamais en effet de l’esthétique.

Kaël

 

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