Le christianisme africain est très ancien

Il remonte au tout début de l’ère chrétienne. A la naissance de Jésus, ce sont des Mages venus d’Orient (de Saba et d’Ethiopie) qui lui ont offert les premiers hommages (Psaume 72 : 10,15 ; Isaïe 60 : 6 ; Sophonie 3 : 10 ; Matthieu 2 : 1,11). Ensuite Jésus est parti pour l’Egypte avec ses parents et la tradition copte rapporte que plusieurs Egyptiens ont reconnu le sauveur dès cette époque en accord avec d’anciennes prédictions bibliques (Isaïe 19 : 1,21) et locales. Le voyage de la Sainte Famille est d’ailleurs un thème traditionnel de l’art chrétien qui illustre le fait que le christianisme a pénétré en Afrique avant de faire son entrée en Europe.

Les disciples africains de Jésus

Quand Jésus est entré dans son ministère vers l’âge d’environ trente ans, il y avait de nombreux Cyrénéens en Palestine et c’est l’un d’eux appelé Simon de Cyrène qui aida Jésus à porter sa croix (Matthieu 27 : 32). Par la suite, quand l’église primitive à commencer à s’organiser, on comptait parmi ses prophètes et docteurs d’autres Cyrénéens tel que « Lucius de Cyrène » (Actes 13 : 1). Tous ces gens étaient des Africains (Afrique du Nord). Jésus avait aussi des disciples en Nubie, en Egypte et en Ethiopie dont le fameux ministre de la Reine Candace (Actes 8 : 28-39). Parmi les disciples africains de Jésus, plusieurs ont été des Pères de l’Eglise latine dont Tertullien, Cyprien et Augustin. D’autres ont été des papes de l’Eglise romaine tels que Victor (186-197 ap J-C), Miltiade (311-314 ap J-C) et Gélase (492-496 ap J-C).

Disparition des églises chrétiennes africaines primitives

Malheureusement, à travers les siècles, les églises chrétiennes d’Afrique du Nord et de Nubie vont disparaître supplantées par l’Islam, et de nos jours, les seuls représentants du christianisme africains sont les Chrétiens d’Egypte et d’Ethiopie, parfois appelés « Coptes ». Officiellement, les origines des Coptes se rattachent à l’apostolat de Saint Marc en Egypte, mais il est admis que d’autres apôtres tels que Matthieu et Barthélémy, se sont rendus en Ethiopie. Parmi les Coptes d’Egypte, plusieurs ont joué un rôle déterminant dans l’histoire du christianisme : Origène, Clément ou encore Athanase d’Alexandrie ont largement contribué au développement de la doctrine chrétienne à tel point que l’on a pu dire de l’Egypte qu’elle était le « sanctuaire de l’orthodoxie ».

Naissance du monachisme en Afrique

Par ailleurs, le monachisme chrétien a pris naissance en Afrique, Saint Paul de Thèbes et Antoine étant les fondateurs de la vie érémitique, et Saint Pachôme l’inventeur de la vie cénobitique. C’est à partir de l’Egypte que le monachisme est entré en Ethiopie où il a engendré de nombreux saints dont le célèbre Saint Yared (VIème siècle ap J-C), fondateur de l’hymnologie de l’Eglise Orthodoxe Ethiopienne Tewahedo.

Les églises d’Egypte et d’Ethiopie

Les églises d’Egypte et d’Ethiopie possèdent chacune leur propre calendrier et leur propre langue sainte : le « copte » pour les Egyptiens et le « ge’ez » pour les Ethiopiens. Leur christianisme très ancien présente de nombreux points communs avec la religion des Esséniens, la seule des trois grande sectes historiques juives dont la Bible ne fait pas mention. De même que les Esséniens en effet, les Chrétiens d’Egypte et d’Ethiopie sanctifient le dimanche, premier jour de la semaine, jeûnent le mercredi et le vendredi, s’habillent avec des vêtements blancs et pratiquent la Sainte Communion en utilisant du vin doux, non fermenté. De plus, les Ethiopiens sont les seuls chrétiens au monde à tenir le livre d’Hénoch – un classique de la littérature essénienne – pour canonique (Saint Jude cite cet ouvrage dans son épitre situé parmi les écrits du Nouveau Testament).

Particularité de l’église d’Ethiopie

Sur le plan politique, l’Ethiopie est le seul pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé et cette particularité a permis aux Ethiopiens de maintenir impact leur patrimoine chrétien multiséculaire. En particulier, l’art chrétien d’Ethiopie se distingue de toutes les autres formes d’iconographie chrétienne par les images « noires » qu’il propose du Christ et de la Vierge. Ces images qui peuvent choquer les chrétiens d’Occident, habitués aux représentations « blanches » de ces mêmes personnages sont en fait fidèles à l’art chrétien des premiers siècles et à certains témoignages bibliques et historiques. Même en Europe il est encore possible de contempler de nombreuses « Vierges noires » dans les cryptes d’anciens sanctuaires aussi bien en Pologne qu’en Allemagne, en Italie, en Espagne ou en France. Ces icônes noires de la Vierge s’expliquent par le fait que la liturgie des églises anciennes voit dans l’Ethiopienne du Cantique de Salomon (Cantique des Cantiques 1 : 5,6) une figure typologique de Marie. D’Origène à Saint Bernard de Clairvaux, tous les commentateurs de ce cantique par excellence ont reconnu la Vierge, Mère et Epouse du Christ, sous le symbole de la Bien-aimée du Roi qui est dite « noire et belle », « brûlée par le soleil » c’est-à-dire illuminée par le Christ.

L’arche d’alliance

De même l’arche d’alliance appelée « Sion », faite en bois d’acacia et recouverte d’or pur au-dedans et au-dehors, est une image prophétique de la Vierge Marie qui a contenu en son sein, non pas les Tables de la Loi, mais le Verbe fait chair en personne. Le bois d’acacia indique sa noirceur, emblème de sa perfection (toutes les divinités anciennes étaient noires : Osiris, Isis, Horus en Egypte, Kali, Krishna, Shiva en Inde…) et l’or pur au-dedans et au-dehors représente sa double virginité : sa virginité corporelle et sa virginité spirituelle. Le buisson ardent qui brûle sans se consumer est un autre emblème de Marie qui porte en elle le feu de la Divinité tout en gardant inviolé le sceau de sa virginité.

Le Christ est noir

Saint Luc est le premier chrétien à avoir peint la Vierge (noire) mais il existe aussi des images anciennes du « Christ noir » tel ce portrait de Jésus gravé sur une pièce de Justinien II, qui se trouve aujourd’hui au British Muséum. Mais suite à des réformes iconographiques occidentales, l’image du « Christ blanc » s’est peu à peu imposée en même temps que l’idée d’un christianisme d’origine européenne sans cesse renforcée par l’industrie cinématographique hollywoodienne. De surcroît l’Occident chrétien a osé représenter Satan, non plus sous la forme d’un dragon, mais sous celle d’un nègre que pourfend de sa lance un saint cavalier aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Toute cette propagande a quasiment effacé dans les esprits le souvenir d’un christianisme africain au point que pour certains, l’image d’un Christ noir parait blasphématoire…

« L’heure est venue où chaque homme, chaque race, doit retourner à sa vigne et à son figuier… Si l’homme blanc se plait à imaginer un Dieu blanc, qu’il rende son culte à son Dieu comme il lui plait. Si le Dieu du Jaune est un Dieu de sa race, qu’il l’adore comme il lui semble bon… Nous les Noirs, nous croyons au Dieu d’Ethiopie, le Dieu éternel – Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint Esprit – le Dieu seul et unique de tous les temps. […] Et bien que notre Dieu n’ait pas de couleur, il est bon de le voir à travers nos propres lunettes : les lunettes de l’Ethiopie » (Marcus Garvey. Un homme et sa pensée. Ed Caribéennes p 89 et p 130-131).

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