L’humiliation du Nègre dans le Nouveau Monde a commencé dès l’époque de Christophe Colomb qui fut lui-même un esclavagiste. Par la suite, la France a mis en place un système d’éducation et de répression tendant à l’assimilation de l’Africain et à sa créolisation. Le Nègre a d’abord été dépossédé de sa religion et contraint d’adopter la religion du Blanc : la religion catholique, apostolique et romaine (article 2 du Code Noir). Ensuite, il a été dépouillé de son humanité et ravalé au stade de « meuble » (article 44 du Code Noir). Enfin on lui a appris à déprécier tout ce qui se rapporte à son africanité et à chercher son salut dans le métissage. L’objectif poursuivi était de faire du Nègre un véritable aliéné : un « renégat de l’Afrique ». La revendication du Nègre par lui-même de sa créolité est le signe de la victoire du colonialisme français dans son entreprise de déstructuration. Une fois séparé de ses racines africaines au profit d’une identité mosaïque et floue répondant au nom de « créole », le Nègre a accepté l’idée que la date de son affranchissement correspondait à sa date de naissance historique en tant que peuple (article 57 du Code Noir). Ce nouveau créole – le vrai créole étant le Blanc né dans les îles, le béké – a malheureusement un grand refoulé en lui : c’est la partie nègre (africaine) de sa personnalité, c’est-à-dire son africanité. Pour s’évader de son particulier gênant, le nègre créole va s’évader dans l’universel et se mettre à planer dans ce que Frantz Fanon a appelé « un état de confusion néolibérale universaliste », en s’inventant une origine inédite et en allant même jusqu’à s’autoproclamer le modèle de l’homme du futur. Tel est le contenu du discours de la créolité, cette forfaiture applaudie et récompensée par l’Etat colonisateur parce qu’elle s’inscrit tout simplement dans la continuité du Code Noir. A ce peuple en errance, qui sous couvert de métissage s’identifie en fait à son ancien maître (le créole, le béké), la malice coloniale applique aujourd’hui la technique des choix aléatoires : par son « oui » ou son « nom » à une question posée – celle de sa pseudo auto-décolonisation – c’est à lui de choisir le jus avec lequel il avalera la pilule qu’on lui a savamment préparé…

KAEL

A lire Critique de la créolité par Max Dufrenot (Ed Désormeaux, 2001)

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