“Oh ! Je sais. Nous sommes des insulaires. Notre petit pays est un nœud inextricable de particularismes tenaces, le point de confluence de courants historiques tumultueux et contradictoires, le produit d’un déterminisme brutal qui nous a marqués jusque dans notre chair. Et après ? On nous dit une poussière d’îles perdues dans l’Atlantique. L’exiguïté d’une terre ne peut-elle être compensée par la qualité de ses hommes ?

…Camarades, méfions-nous des politiciens qui se juchent sur nos épaules pour mieux grimper au mât de cocagne où flotte l’écharpe de maire ou de député…Les fonctionnaires, les médecins, les avocats, tous ceux-là s’engraissent des miettes tombées de la table de nos maîtres et se moquent de nos besoins…Ce pays est devenu un déversoir. Chacun vient s’enrichir sur notre dos…Notre mer foisonne de poissons mais nous bouffons de la morue salée…Nos enfants demandent du travail, on leur tend un ticket d’avion à tarif réduit pour qu’ils aillent se taper le boulot que d’autres refusent de faire.

…Camarades, je vous le dis en vérité, ce pays est une colonie, la dernière des colonies. Le chemin de notre salut passé par la décolonisation radicale et l’autonomie politique.

…Son irresponsabilité multi séculaire a oblitéré chez l’Antillais le sens d’une certaine dignité. Il se méfie à l’excès de ses compatriotes…Il n’est pas rare d’entendre quelqu’un déclarer, en toute bonne foi, qu’il préfère servir sous les ordres d’un Blanc que sous ceux d’un Noir. Une mentalité d’assisté et d’éternel mineur commande les réflexes de l’homme antillais face aux choix vitaux qui le confrontent. La longue habitude qu’il a prise de s’en remettre à d’autres du soin de penser et de décider à sa place l’amène à douter d’être jamais en état de prendre en main son propre destin. Son agressivité refoulée, loin de s’organiser dans une perspective de lutte collective, se retourne contre lui-même et contre les siens.

…Le combat à mener est d’abord politique. Il faut analyser, expliquer, démontrer sans arrêt. C’est à ce prix que notre peuple prendra le chemin de la dignité.

  Donnez-moi, mon Dieu, la force d’accomplir cette tâche. Donnez-moi la santé. Donnez-moi…”

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